Vins de Savoie

Category: 3. Sujets de réflexion

Nos traitements phytosanitaires bio en 2012

L’année 2012 a été une année très pluvieuse dans l’ensemble, et le printemps a été particulièrement froid, ce qui a provoqué beaucoup de coulure. Heureusement, les grosses chaleurs de la fin de l’été ont permis le mûrissement complet du raisin restant, mais avec très peu de jus ! La grêle ayant par ailleurs touché certaines parcelles, nous constatons que c’est la pire des saisons que nous avons connue depuis 11 ans.

En ce qui concerne les maladies, nous n’avons pratiquement pas eu d’oïdium, bien que le risque était présent, mais un peu de mildiou sur les feuilles et grappes. Après tri, la qualité du raisin s’est toutefois avérée excellente (beaucoup de matière et d’arômes), mais avec des rendements très faibles (env. 20 hl/ha), alors que notre objectif moyen est de 30-35 hl/ha.

Nous avons effectué pendant cette dernière saison 13 traitements foliaires à 200 L/ha, c’est-à-dire pratiquement toutes les semaines! Ainsi :

A). 7 traitements du 28/4 au 15/6 avec le cocktail du DVH + soufre mouillable (Biofa et Thiovit) à 1% et talc (Invelop F de Imeris) à 2.5%.

Suite à une mauvaise manipulation qui provoqua une importante phytotoxicité, nous avons stoppé le cocktail du DVH pour ne pas prendre de risque sur la récolte et avons décidé de poursuivre les traitement avec de la bouillie bordelaise.

B). 6 traitements du 28/6 au 10/8 avec bouillie bordelaise à 2 kg/ha (dont un Nordox à 0.8 kg/ha), soufre mouillable de 2 à 3% et talc à 2,5 %.

Quantité de matière active par ha pour la saison 2012IFT 2012

Cuivre métal : 3.2 kg (dose annuelle à ne pas dépasser en France: 6 kg en moyenne, soit 30 kg sur 5 ans !)

Soufre élémentaire: 38,4 kg

Alors que la saison a été catastrophique, ces valeurs sont très faibles par rapport à la moyenne nationale. Nous pensons en outre que nous pouvons encore réduire le soufre de moitié, et que sans le problème avec le cocktail du DVH, l’utilisation du cuivre aurait pu être évitée.

 En 2012 notre IFT (indice de fréquence de traitements) calculé est de : 3.47, alors que la moyenne du groupe Ferme 73-74 est de 10.53 et que la moyenne régionale est de 17.8.

 Pour la 3ème année consécutive, le DVH remporte donc la palme de l’agriculture durable de la région Rhône-Alpes.

 Le DVH est une ferme de référence dans le dispositif DEPHY du plan Ecophyto 2018 (Grenelle de l’environnement). Elle est intégrée au réseau FERME 73-74 (qui réunis les deux Savoie) et qui est suivi par Sébastien Cortel de la Chambre d’Agriculture Savoie Mont-Blanc. But du plan Ecophyto 2018: diminution de 50% des intrants en 2018 par rapport à l’IFT moyen régional de 2009 qui était de 17,8.

 

 

 

Qui est membre du réseau FERME 73-74:

Domaine du Château de Lucey, 73170 Lucey, Christophe Martin, www.chateaudelucey.com

Domaine G & G Bouvet, Le Villard, 73250 Fréterive, Delphine et Fréderic Garanjoud, www.domaine-bouvet.com

Domaine la Combe des Grand’Vignes, Denis et Didier Berthollier, 73800 Chignin, www.chignin.com

Vins Fichard, 74110 Morzine, Gilles Billard, Fichard Bernard, www.vins-fichard.com

Vins Viallet, 73190 Apremont, Pierre Viallet, Philippe Viallet, www.viallet-vins.com

Laurent Dejey, viticulteur, coopérateur de la Cave de Chautagne, 73310 Ruffieux, www.cave-de-chautagne.com

Domaine de Vens-le-Haut, DVH, 74910 Seyssel, GeorgesSiegenthaler, www.domainedevens.com

 

Auteur: GS

 

 

 

A propos des sels de cuivre toxiques en viticulture.

Traitements phytosanitaires: substitution des sels de cuivre par un cocktail non toxique pour les sols - suite!

Cristaux de sulfate de cuivre, Toxique!

Cela fait maintenant 4 ans que nous testons avec succès un cocktail nous permettant de diminuer significativement, voire de supprimer l’utilisation du cuivre dans nos vignobles (voir notre première info: « Diminution, voire suppression du cuivre en vitiulture« ). Dans l’état actuel de nos recherches, nous ne pouvons guère aller plus loin pour valider scientifiquement cette technique. En effet, nous ne sommes pas un institut de recherche, et notre but primordial est de faire du vin. Cependant. nous restons attentifs à tout procédé qui permettrait de diminuer les intrants toxiques dans nos vignes et améliorer la qualité du raisin. Voir aussi notre contribution sur la « diminution des doses de soufre en viticulture » et « sur nos méthodes de culture BIO« .

C’est la raison pour laquelle nous avons contacté Bernard Molot, ingénieur agronome à l’Institut Francais de la Vigne et du Vin (IFV) à Nîmes, et qui est un spécialiste reconnu des alternatives à la lutte chimique contre les maladies du vignoble. Nous lui avons fait parvenir les protocoles de fabrication de ce cocktail ainsi que les résultats préliminaires après 4 ans d’essais dans nos vignobles de Seyssel et de Chautagne, soit 3 ha plantés de 7 cépages différents.

Bernard Molot a été convaincu par nos résultats et par le bien-fondé théorique du fonctionnement du mélange que nous avons mis au point. Cela

Attention toxique! Une concentration de 0.2 mg/L de sulfate de cuivre dans votre piscine rend l’eau claire, mais provoque des allergies, une décoloration de cheveux et des maillots de bains, du liner, etc, etc

fait plus 40 ans qu’une alternative au cuivre est recherchée activement, mais sans succès pour le moment, me dit-il. Nous espérons que notre cocktail pourra devenir cette alternative très sollicitée.

Les études de validation sur de vraies parcelles de vigne vont commencer ce printemps à IFV qui possède naturellement tout le savoir-faire

théorique et pratique. Cette étude a un coût non négligeable qui sera pris entièrement en charge par l’IFV.

Ces résultats sont aussi suivis de près par Sébastien Cortel, technicien viticole et responsable du dispositif FERME des Savoie mis en place dans le cadre du plan Ecophyto 2018 et dont le DVH est une ferme de référence.

Nous ne manquerons pas de vous tenir au courant de cette collaboration dont nous espérons obtenir les premiers résultats fin juillet 2013.

 

Pour la correspondance : Georges Siegenthaler, contact@domainedevens.com

 

Traitement foliaire d’un vignoble avec du talc: résultats.

TRAITEMENT FOLIAIRE D’UN VIGNOBLE

AVEC DU TALC INVELOP F

Georges Siegenthaler et Jean-Marie Loriaud

Domaine de Vens-le-Haut, DVH, rte du Crêt 772, 74910 Seyssel, France

www.domainedevens.com

Adresse pour la correspondance : Georges Siegenthaler, contact@domainedevens.com

BUT DE L’ETUDE : utilisation des propriétés du talc Invelop F pour lutter contre deux maladies cryptogamiques graves de la vigne : le mildiou et l’oïdium

INTRODUCTION

Les argiles, en général, sont déjà utilisées en agriculture pour les traitements foliaires, mais leur indication d’utilisation ne sont pas très claires et leur efficacité est faible. On recourt communément aux argiles hydrophyliques que sont les alumino-silicate (bentonites, kaolinites ou autres). La kaolinite calcinée aurait un effet préventif contre le botrytis et contre l’apparition des larves de la cicadelle verte ! Tous ces résultats sont suggérés et restent a être confirmés.

Le talc est aussi une argile. C’est un silicate de magnésium hydraté avec des propriétés hydrophobiques et organophyliques par opposition aux autres argiles qui sont hydrophiliques. Le talc tel quel pose des problèmes de mise en suspension dans les bouillies aqueuses. De part son procédé de fabrication, qui n’altère aucunement son caractère naturel, le grade Invelop F garantie une parfaite mise en suspension dans les bouillies aqueuses.

Les propriétés hydrophobiques du talc sont uniques à cette argile et expliquent pourquoi il est utilisé : (i) dans l’industrie pétrolière pour faciliter l’extraction du pétrole brut, (ii) dans l’industrie de la peinture car il se mélange intimement avec les solvants et les pigments et permet un bon recouvrement, (iii) en dermatologie car ses pouvoirs asséchants rendent la peau plus douce et permettent de diminuer les irritations des peaux abimées en adsorbant le sébum et la sueur, (iv) en cosmétologie comme fixateur de parfum dans certaines préparations et finalement (v) dans la floculation des bactéries dans les bassins de décantation des eaux usées.

Plus récemment en agriculture, le talc en pulvérisation aqueuse est aussi proposé pour lutter contre l’échaudage des fruits (coup de soleil) en formant une barrière physique au rayonnement solaire.

LE CHOIX DU TALC POUR LES TRAITEMENTS PHYTOSANITAIRES

Effet adsorbant et asséchant. L’utilisation du talc comme agent phytosanitaire est intéressante pour ses propriétés hydrophobiques et surtout par analogie à son utilisation en dermatologie. En effet, la peau a une barrière lipidique, des pores sudoripares ainsi que des glandes sébacées tous impliqués dans la physiologie de la peau. La feuille végétale possède également une surface cireuse lipidique (cuticule) et contient aussi des pores (stomates) qui sont impliqués dans les échanges gazeux (CO2,O2, H2O) nécessaires à la photosynthèse et à la respiration de la plante. Une flore complexe de micro-organismes (bactéries, champignons, levures) vit en équilibre sur la peau et fonctionne comme première barrière de protection. Sur la surface de la feuille vit également une flore complexe et parfois pathogène sécrétant des substances agressives pour, par exemple, perforer les parois des cellules. Le talc pourrait donc fixer et inerter certains micro-organismes ou des substances sécrétées par ceux-ci pour protéger la plante contre leur action altérante (pectinases ou autres enzymes perforants).

Ainsi les spores de l’oïdium (20 x 12 microns) qui sont à la surface de la feuille, forment à maturité des tubes de germination qui vont pénétrer dans les cellules végétales en perforant leur paroi à l’aide d’enzymes pectolytiques. Ces tubes très fragiles sont de l’ordre de 10 microns. Selon leur composition chimique ils pourraient être aussi adsorbés par les particules de talc (action floculante) qui bloqueraient leur développement et empêcheraient leur invasion tissulaire.

Effet stérique. Les dimensions des spores ou des organes infectieux du mildiou (zoospore biflagellé 7 x 4 microns) qui pénètrent par les stomates de la feuille pour proliférer dans les tissus sont du même ordre de grandeur que les particules de talc (en moyenne de 5 – 4 microns, top size 20 microns). On aurait un effet stérique en augmentant le chemin de déplacement des zoospores vers les stomates. Ces zoospores sont fragiles et plus le chemin est long vers les stomates plus leur taux de mortalité est grand.

Le signal attirant les zoospores vers les stomates n’est pas connu, mais il a été suggéré que l’éthylène, hormone végétale, pourrait être un acteur. Les propriétés séquestrantes du talc pour les substances lipophiles comme l’éthylène ou pour toutes les autres molécules signals pourraient aussi jouer un rôle dans le contrôle de sa concentration au voisinage du stomate et perturber l’avancement des zoospores.

Effet rémanent. Les propriétés hydrophobiques du talc et du feuillage devraient provoquer une cohésion très forte entre eux et donc diminuer le lessivage du talc par la pluie par rapport aux autres argiles. L’effet thérapeutique du talc pourrait être plus persistant dans le temps.

CONDITIONS DES TRAITEMENTS FOLIAIRES

Le talc Invelop F, humidité relative 13%, de Imerys Talc de Luzenac (groupe Imerys)est mis en suspension à 30% dans de l’eau . Cette suspension concentrée est ensuite ajoutée dans les bouillies de traitement pour obtenir une concentration finale de 2.5%. En moyenne, 250 litres de bouillie sont utilisés par ha, ce qui fait 6.25 kg de talc par traitement et par ha. Il faut maintenir une agitation constante dans le pulvérisateur pour empêcher les particules de talc de sédimenter. Un dosage de talc à 3 % obstrue les tuyaux du pulvérisateur. La bouillie de traitement standard du DVH et agréée en culture biologique contient des sels minéraux, en absence totale de sels de cuivre, et 2 % de soufre élémentaire mouillable (Biofa). Cette bouillie est utilisée depuis 3 ans dans le cadre de nos recherches de suppression des sels de cuivre en viticulture. Dans les essais décrits ci-dessous, le talc à 2,5% a été suspendu dans la bouillie standard du DVH pour assurer de manière certaine une protection du vignoble. Durant la campagne 2011, 6 traitements standards du DVH en foliaire ont été réalisés au total, dont 5 traitements contenant du talc. La surface testée était de 3 ha, répartis sur 4 sites différents.

RESULTATS

Dans notre région, la pression des maladies cryptogamiques dans l’année 2011 était relativement faible jusqu’en juillet puis très forte jusqu’aux vendanges. De manière générale, l’ensemble de notre vignoble (7 cépages différents: mondeuse noire, pinot noir, gamay, molette, altesse roussette, aligoté, jacquère) a été relativement bien protégé. Le feuillage a été touché par le mildiou et très faiblement par l’oïdium. Les grappes ont été aussi légèrement touchées par le black rot et l’oïdium et plus faiblement par le mildiou. L’état sanitaire du vignoble traité selon le protocole ci-dessus était pratiquement équivalent à celui des vignobles voisins traité avec des produits conventionnels. Les grappes des 7 cépages étaient de très bonne qualité et les rendements étaient ceux fixés au départ de la saison. Les vins sont en cours d’élevage et sont dans l’ensemble excellents.

L’état sanitaire des parcelles du vignoble a été estimé par un technicien en viticulture de la Chambre d’Agriculture des Savoie et par les deux vignerons du domaine.

REMARQUES ET DISCUSSION

Les conditions expérimentales de nos essais ne nous permettent pas de tirer des conclusions définitives sur le rôle que pourrait jouer le talc Invelop F dans la protection sanitaire d’un vignoble. Nous sommes des producteurs de vin avant toute chose et notre idée était de faire une expérience préliminaire du comportement du talc in vivo, et non de faire une étude de validation du produit seul. Nous avons pu faire néanmoins quelques observations intéressantes qui pourront donner des pistes de recherches plus précises.

Friabilité du talc Invelop F. Ce talc forme une couverture blanchâtre très nette sur le feuillage et reste fixé durant plusieurs semaines, même après des pluies abondantes. Dans nos essais, nous avons aussi constaté que le talc Invelop F, en grande concentration, forme une couche poreuse non-compacte qui se désagrège facilement au toucher tout en collant fortement sur les feuilles. Dans ces conditions, le talc Invelop F ne devrait pas trop altérer les échanges gazeux par les stomates des feuilles nécessaires au bon fonctionnent du métabolisme de la vigne. Contrairement à la bentonite qui forme sur les feuilles un ciment dur et compact qui pourrait boucher les orifices des stomates.

Séquestration du soufre par le talc Invelop F. Nous avons aussi constaté que l’odeur du soufre en présence de ce talc était perceptible dans les vignes beaucoup plus longtemps (plusieurs jours) par rapport au soufre seul. Ceci pourrait s’expliquer par l’adsorption et la séquestration de soufre vapeur par le talc, qui pourrait le restituer plus lentement sous forme de vapeur en fonction de la température ambiante. C’est sous forme vapeur que le soufre est actif envers les parasites et cette propriété du talc, si elle est vérifiée, pourrait être utilisée pour diminuer les doses de soufre dans les traitements contre l’oïdium et l’érinose. En effet, ces traitements utilisent des quantités homologuées très importantes de soufre mouillable (10 kg/ha/traitement) et dans les cas de forte pression d’oïdium le poudrage avec la fleur de soufre est utilisée à raison de 25 kg/ha/traitement. De tels traitements ne sont guère respectueux pour l’environnement!!

Nos traitements au soufre sont déjà très faibles (4 kg/ha/traitement) en présence de talc et nous n’avons pas eu de problèmes d’oïdium, bien que certaines parcelles de 2010 aient été fortement contaminées. Il est probable que le talc a joué un rôle qu’il faudrait étayer. Cependant, nous sommes convaincus qu’en diminuant encore de moitié les doses de soufre utilisées ci-dessus, c’est-à-dire 2 kg/ha/traitement en présence de talc à 2.5%, les effets protecteurs seront maintenus. Nous sommes prêts à faire cet essai en 2012 sur notre vignoble.

CONCLUSION

Les traitements qui ont été utilisés pour protéger ce vignoble sont des traitements biologiques doux (pas de sels de cuivre ni de fongicides de synthèse) et les résultats de la protection était satisfaisants. S’il est difficile de déterminer le rôle exact du talc Invelop F et sa contribution à l’efficacité globale des traitements, l’impression générale des expérimentateurs est que ce talc est bien toléré par la vigne. Les raisins ont pu mûrir à maturité malgré l’écran solaire formé par le talc sur les feuilles. Nous avons maintenant un recul de plus de 3 ans sur nos essais de traitement sans utilisation de cuivre et 2010 est la première année où le talc Invelop F est utilisé. Bien que toutes les années sont différentes, nous pensons néanmoins que le talc Invelop F permettrait de diminuer les doses de soufre. Pour son action spécifique sur les champignons mildiou et oïdium, il serait en outre tout à fait justifié de faire des essais avec le talc Invelop F seul.

REMERCIEMENTS

Nous remercions sincèrement Monsieur Yannick Rabot, Imerys Talc à Toulouse, France pour les discussions intéressantes sur ce projet et pour mise à disposition du talc Invelop F pour cet essai. Nos remerciements vont aussi a Sébastien Cortel de la Chambre d’Agriculture des Savoie pour l’analyse de l’état sanitaire du vignoble.

Seyssel, le 21 mai 2012

Pour suivre une discussion avec les internaute sur lapassionduvin.com

Auteur: GS

Diminution, voire suppression du cuivre en viticulture

Nous sommes en culture biologique depuis une dizaine d’années, et sommes aussi conscients que l’utilisation du cuivre représente un gros problème toxicologique car il s’accumule et contamine les sols en tuant sa faune. C’est un grave problème pour la culture biologique car cet élément toxique y est toléré et pour le moment aucune autre substance « naturelle » ne peut efficacement le remplacer, mis à part les fongicides de synthèse (interdits en bio), mais biodégradable à terme.

Très beau monocristal de sulfate de cuivre

Depuis plus de trois ans, le DVH effectue des recherches scientifiques sur une alternative à l’utilisation du cuivre afin de préserver la faune de ses sols. En effet, un sol riche avec une grande biodiversité (bactéries, mycorhizes, vers de terre, etc) produit des plantes plus robustes et plus aromatiques. Pour plus d’information sur la biologie du sol, voir notre cours sur la biologie du sol. La stratégie utilisée est un traitement des bois en hiver, un enherbement total et des traitements (6-7) avec des produits qui ne nécessitent aucune autorisation spéciale, tous agréés en bio. La préparation de ces traitements nécessite un savoir-faire que nous mettons encore au point.

Cette stratégie a permis en 2009 et en 2010 de n’utiliser que 300 g de cuivre métal/ha/an. En 2011, aucune molécule de cuivre n’a été utilisée. L’agriculture biologique européenne (France comprise) autorise l’utilisation de max 6000 g de cuivre métal/ha/an ! Nous continuons nos recherches pour affiner et valider notre procédure.

Comme vous le savez, le DVH a été retenu comme ferme de référence dans le cadre du plan gouvernemental ECOPHYTO 2018 qui a pour but de réduire de 50% d’ici 10 ans l’utilisation des pesticides (biologiques et de synthèse) car avec 3 % de la surface agricole utile, la viticulture française utilise 20 % des quantités de pesticides vendues en France. Ainsi, nous faisons partie d’un réseau d’acquisition de données pour cette étude, dont le référent et contrôleur local est M. Sébastien Cortel de la Chambre d’Agriculture de Savoie.

Comme en 2010, le DVH est à nouveau champion de la région Rhône-Alpes dans la diminution des intrants avec un indicateur de fréquence des traitements phytosanitaires, IFT, égal à zéro ! Ce résultat s’explique par l’utilisation de produits sans spécification phytosanitaire, c’est-à-dire de produits doux.

Voir aussi notre charte écologique.

Auteur : GS

Notion de « terroir »

Voici mes réflexions sur la notion de terroir (géologique), et l’assertion que « sans grand terroir il n’est aucun grand vin« .

En matière de vin, je ne suis qu’un novice puisque je n’ai commencé qu’en 2003 avec 1400m2 de molette, cépage rare savoyard. Actuellement, je dirige une structure, le DVH, qui cultive et vinifie 3 ha de vigne en culture biologique, totalement enherbés, et 7 mono-cépages différents selon le concept de « Garage Wine ». En plus, on est en Savoie où la notion de grands vins est plutôt exceptionnelle. Par contre, la minéralité due aux Alpes y est dominante !!!

Je m’y connais assez bien en biochimie des fermentations et en biologie végétale car biochimiste de formation et ancien maître de conférence à l’université de Genève, j’ai passé une grande partie de ma vie dans la recherche. Je continue d’en faire en cave et surtout dans notre vignoble, en quelque sorte mon nouveau laboratoire.

 

En tant que vigneron savoyard bio, j’ai assez rapidement compris qu’en cave, il serait prétentieux de faire de grandes innovations, car le vigneron a pratiquement tous les outils (osmose, filtrations, dialyse, contrôle des températures, etc.), et les auxiliaires de fabrication (collages, contrôle du pH, correction des mauvais goûts, bois barrique ou copeaux, etc.) pour faire un « bon » vin à partir d’un vin à problème.

 

J’ai aussi rapidement réalisé que pour apporter des améliorations significatives dans les vins, il fallait plutôt travailler sur l’amélioration de la qualité du raisin (méthodes de culture, maturité, état sanitaire et sélection de clones) car à ce niveau rien n’a été fait de spectaculaire depuis le début du XX ème siècle si ce n’est des améliorations de techniques viticoles, évidemment nécessaires, pour alléger le travail manuel du vigneron. En fait, le vieil adage qui dit que le bon vin se fait dans la vigne et pas dans la cave, est toujours d’actualité. C’est d’ailleurs l’épitaphe du DVH.

Qui dit qualité du raisin, dit un peu terroir évidemment, puisque la vigne pousse dans la terre, mais surtout pratique vinicole. Or on ne s’en rend pas compte, mais la surface des racines d’une plante est considérablement plus grande (100 x plus !) que la surface du feuillage que l’on voit. Et pourtant le vigneron ne s’occupe que de la partie émergée de cet iceberg (travail en vert , fumure et travail du sol). Quel gâchis pour la « minéralité » ! De plus, autour des micro-racines (les poils absorbants), une myriade de bactéries et de filaments de champignons (les mycorhizes) dissout la roche par la sécrétion d’acides organiques et aide la plante à absorber ses nutriments ainsi que l’eau. En retour, la plante stimule, par son exsudat racinaire et notamment par des sucres, la vie très active de la rhizosphère.

 

Cours sur le sol, diapo 28

C’est la notion de terroir pur qui est décrite ci-dessus, pour autant que le vigneron ne vienne pas modifier « le terroir » par des apports de fumures importantes qui modifieraient alors la composition minérale et biologique du sol. Or en règle générale, la vigne est plantée dans des terrains pauvres, et pour qu’elle puisse croître et produire du raisin, le viticulteur met ce qu’il faut. Et pour être sûr, il en met plus ! La notion de terroir s’étend donc jusqu’aux pratiques agricoles, mettant à mal le concept « d’une terre un vin » cher à la Bourgogne.

Il est établi que les sols des vignobles de France et d’ailleurs regorgent d’engrais. Ils sont beaucoup trop riches en général. Ces excès de N,P,K tuent ou réduisent considérablement l’activité de la rhizosphère, qui n’est plus indispensable. Cette culture, en excès d’engrais, est similaire aux méthodes de la culture hydroponique (le sol n’est qu’un support physique pour l’ancrage de la plante, l’homme apportant ce dont la plante a besoin). On amène tout à la plante pour que celle-ci ne fabrique que du fruit et le minimum de feuilles et ne gaspille pas son énergie à autre chose. Evidemment cette plante est fragile, moins aromatique, et contient beaucoup d’eau, donc peu de matière sèche dans les moûts. Elle nécessite en outre beaucoup de soins en traitements phytosanitaires.

La science de la biologie végétale nous enseigne que dans une plante, les racines superficielles sont les plus importantes pour son développement, car elles servent à capter les sels minéraux nécessaires à leur développement et fournis par la terre végétale. Ce qui est en accord avec l’activité biologique du sol, qui est majeure en surface en raison de la présence d’oxygène et de la grande quantité de matière organique.

La fonction des racines en profondeur servant essentiellement à la captation de l’eau. De plus, la vie dans le sol suit scrupuleusement le gradient en oxygène tracé par les va-et-vient des vers de terre (s’il y en a encore !). Les labours qui n’ont pas de justification dans les cultures pérennes vont évidemment détruire à la fois les racines superficielles et le réseau des filaments mycéliens des mycorhizes, et donc amoindrir la captation minérale spécifique et locale (terroir). Mais peu importe, le sol regorge de nutriments apportés avec zèle par le vigneron, et on reste toujours en culture hydroponique.

Les traitements phytosanitaires (fongicides, herbicides, pesticides, bio ou pas) vont aussi influencer considérablement la vie du sol indispensable à la vie d’une plante saine et robuste. En effet, les fongicides systémiques vont détruire la rhizosphère, mère de la « minéralité », et les herbicides et autres pesticides vont impacter dramatiquement la vie du sol qui représente quand même plusieurs tonnes de matière vivante par ha dans un sol sain. Les traitements phytosanitaires sont certes efficaces contre les parasites, mais affaiblissent aussi l’état général de la plante, comme le fait un médicament sur notre état général.

En résumé, la géologie a certes une influence sur la qualité des raisins et des vins, mais il me semble que les pratiques viticoles individuelles sont beaucoup plus impactantes. Ceci expliquerait bien que dans un même terroir viticole (même géologie) plus il y a de vignerons et plus il y a de vins. Ce qui me rassure en quelque sorte !

Pour plus de détails sur la biologie du sol (racines, faune, enherbement et non-labour), vous pouvez consulter mon cours sur la biologie du sol sur notre site internet à partir de la diapositive 24: www.domainedevens.com/le_sol.pdf

Dans certaines régions, la notion émotionnelle de terroir y est plus forte qu’ailleurs ce qui permet de dire que ces régions sont plus aptes à produire de meilleurs vins qu’ailleurs. Le Bordelais, la Bourgogne en sont des exemples types. Mais soyons humbles, la vigne comme toutes les plantes, est régie par les règles de la biologie végétale.

La notion de terroir ne serait-elle que conjoncturelle ?

Georges Siegenthaler

Article publié le 09.12.2011 dans : Terroir/terroiristes/terroirisme des forum de la LPV

Vendange de la mondeuse 2011

On l’oublie parfois, mais la mondeuse noire est un cépage tardif. On se demande d’ailleurs pourquoi ce cépage est devenu savoyard dans une région au climat plutôt frais.

Ainsi lundi passé seulement, le 17 octobre, le DVH a effectué son dernier jour de vendange de mondeuse. Le raisin très sain, en culture biologique*, a su profiter de ces belles semaines automnales très ensoleillées pour parfaire la maturité des pépins et des peaux. Il ne restait certes plus beaucoup de feuilles, mais pour un mûrissement pelliculaire des raisins, elles ne sont pas indispensables. Les abeilles et les guêpes étaient de la partie aussi et défendaient agressivement leurs sucreries contre les vendangeurs désarmés.

Maintenant, une dizaine de micro-cuves sont parties en fermentation, et les jus rubis foncés montrent déjà de très beaux arômes de petits fruits noirs et des tannins fins.

*Nos recherches en culture biologique ont permis de réduire l’utilisation du cuivre métal en 2008, 2009 et 2010 à environ 400g/ha/an, et en 2011, aucune molécule de cuivre n’a été utilisée. Nous reviendrons plus longuement sur ces essais, qui sont suivis entre autres par la Chambre d’Agriculture des Savoie dans le cadre d’ECOPHYTO, par Sébastien Cortel et d’autres instituts scientifiques. Auteur: GS

Ci-dessous ma réponse à un post de Patrick Essa anciennement publié dans degustateurs.com.  sous le nom de « Maturité du Bourgogne » et maintenant post re-écrit le 14.01.2012 et intitulé   »Maturité du Bourgogne Nouvelle formule 2012″ et dont ma réponse a été supprimée!  

Bonjour,

Il pleut et en attendant la pleine maturité de notre mondeuse, je vous soumets ma réflexion au sujet de votre chronique sur la notion de maturité du raisin, qu’elle soit en Bourgogne ou ailleurs, dans certaines régions de Savoie par exemple.

La maturité d’un fruit est l’ensemble des paramètres (par exemple sucres, arômes, acidité, astringence, amertume) qui font qu’un fruit est optimum pour le manger tel quel ou pour en faire du jus, de la confiture, pour planter ses pépins ou ses noyaux ou encore pour en faire du vin. Tous ces paramètres sont plus ou moins corrélés.

Il faut des feuilles pour faire du sucre, on est tous d’accord. Trop de feuilles ne sont pas utiles car alors la vigne fait plutôt du bois que des fruits de qualité. C’est la raison essentielle pour laquelle on taille la vigne pour éviter qu’elle croisse comme une liane. La vigne sauvage (liane) ne fait pas de bons raisins. Les vignerons romains ont bien compris qu’il fallait la tailler pour qu’elle produise des fruits à haute valeur ajoutée et nous poursuivons cette pratique, mais après env. 3000 ans d’expérience on la maitrise plus ou moins par le calcul de la surface foliaire/kg de raisin.

Il est absolument faux de dire que la maturité des raisins s’arrête en l’absence de feuilles. Un raisin, après un certain stade de maturité évidemment, est un fruit c’est-à-dire une entité biologique indépendante constituée de cellules vivantes qui puisent leur énergie vitale dans les sucres emmagasinés dans la pulpe lors de la photosynthèse. La seule raison d’être de ce fruit n’est pas de faire du vin, mais de préserver les pépins et de permettre leur mûrissement afin de les rendre fertiles et perpétuer la propagation de la plante vigne.

Sans rentrer dans les détails de la physiologie végétale, et pour preuve pratique simple demandez aux tailleurs de la vigne la saveur des grappillons qui sont verts à la fin des vendanges et qu’ils dégustent savoureusement en fin d’hiver début du printemps lors de la taille. Ils ont mûri indépendamment de toute photosynthèse foliaire !

Comme vous le mentionnez, il y a une autre maturité qui est celle des anthocyanes (essentiellement la couleur du raisin), mais il y a aussi une maturité des arômes et de leurs précurseurs présents dans les pépins, la peau ou la pulpe.

Une autre maturité qui est à mon avis la plus importante, en tout cas pour les raisins rouges, est celle des tanins de la peau et des pépins. C’est elle qui va apporter de la structure et de la puissance au vin. C’est aussi la plus difficile à maîtriser, car si l’on peut doser facilement les tanins par des méthodes analytiques, il est beaucoup plus difficile de différencier les tanins doux des tanins durs, et cela ne peut se faire que par la dégustation.

Les études montrent que le pic des tanins atteint un sommet plusieurs jours après celui des sucres et des anthocyanes. Mais ce n’est qu’après une dizaine de jours que les tanins durs diminuent au profit des tanins doux.

Bien qu’on ne fasse pas du Bourgogne ni d’ailleurs du Savoie !! la règle que l’on applique au DVH est qu’après la maturité des pépins et des peaux, on attend encore plusieurs jours avant de vendanger.

Auteur : GS

 


Vins du pays de Seyssel produit par le DVH à partir de mono-cépages: mondeuse, gamay, pinot noir, altesse, roussette, molette, aligoté, jacquère
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