Nos sujets de recherche

L’enherbement

Fleur de lotier corniculé

L’emploi de plantes en couverture du sol répond à trois priorités (i) la lutte contre l’érosion, (ii) la préservation de la biodiversité de la faune et flore microscopiques du sol qui vivent en symbiose avec la vigne, (iii) la production de matière organique pour nourrir la faune du sol et entre autres les vers de terre qui sont nos laboureurs. Une vigne dans un sol sain et bien enherbé est plus résistante aux parasites et produit des fruits plus goûteux que si elle était située dans un sol nu et stérile car chimiquement nettoyé.
Le fait que toutes nos vignes soient totalement enherbées, même sous le rang, implique un travail d’entretien plus important. S’il est facile de faucher entre les rangs avec une faucheuse, sous le rang, le problème est moins simple car il n’existe pas actuellement d’outil fiable. Au DVH nous le faisons avec la débroussailleuse à fil, ce qui représente un immense travail. (photos)
Après avoir essayé de pratiquer une monoculture de lotier corniculé, une légumineuse qui nous fournit naturellement de l’azote, et constaté qu’il était toujours envahi naturellement par d’autres plantes sauvages, nous avons opté pour un enherbement spontané, mais avec adjonction de semis de lotier corniculé. Pour nous, il n’y a pas de mauvaises herbes et encore moins d’herbes plus mauvaises que d’autres. Le contrôle se fait simplement par les fauchages 4-5 fois par an suivant la pluviosité. Après quelques années, nous avons dans nos vignes de belles prairies avec une très grande biodiversité de la flore et de la faune spécifique à chaque parcelle.
En observant la prairie associée à la vigne, on peut aisément détecter les carences possibles dont le sol a besoin. Quand on passe de la terre nue à l’enherbement, le sol a besoin de plus de nourriture, car il faut refaire la masse des micro-organismes du sol et la masse de la matière organique de la prairie, ce qui peut représenter plusieurs tonnes de biomasse  par hectare. Il faut plusieurs années pour qu’une prairie diversifiée s’installe, et au début, un apport extérieur de matière organique (compost ou autre) sera bienvenu.
Ainsi, nous fabriquons notre engrais in situ à l’aide des minéraux du sol fournis par les bactéries, l’énergie solaire et l’eau de pluie pour la photosynthèse. Une fois l’équilibre harmonieux (vigne-prairie-microorganismes du sous-sol) atteint, après plusieurs années, le fauchage régulier apportera la matière organique pour nourrir le système et en particulier les vers de terre qui nous effectuent nos labours. Evidemment, il faudra parfois compenser les éléments qui auront été exportés par les vendanges. Pour plus de détails sur la biologie du sol voir notre cours sur le sol en cliquant ici.
Pour préserver notre prairie, il est indispensable de la laisser fleurir et donc d’effectuer le moins souvent possible de fauchages.

Les oligo-éléments
Les oligo-éléments, bien qu’ils agissent en quantités infimes, jouent un rôle essentiel dans l’activation de certains enzymes indispensables au bon fonctionnement du métabolisme de la vigne, et évidemment dans le mûrissement, la maturation du raisin et dans les mécanismes de défense contre les maladies. Ces oligo-éléments sont aussi indispensables à tous les végétaux et micro-organismes dans le sol. L’absence d’un seul oligo-élément peut être néfaste. Il s’agit principalement de Mg, B, Fe, Mn, Mo, Zn, mais d’autres encore plus rares sont nécessaires. C’est le rapport entre eux qui est important, et la forme sous laquelle ils sont administrés. La vigne est généralement plantée dans des terrains pauvres. Ceux-ci étant parfois carencés, cela provoque une anémie et un affaiblissement de la plante qui empêche un mûrissement parfait du raisin ou fragilise la vigne vis-à-vis de certaines maladies. D’où l’importance de veiller à l’analyse de ces carences et à y remédier. Dans le cadre de cette étude, un cocktail d’oligoéléments rares est étudié afin de rendre la vigne plus vigoureuse et plus saine, et par conséquent de diminuer encore plus les traitements.

Les traitements phytosanitaires
La vigne est agressée par les deux champignons microscopiques très dévastateurs que sont le mildiou et l’oïdium. En agriculture

Le sulfate de cuivre, toxique !

biologique, le premier est contré par les sels de cuivre et le deuxième par le soufre élémentaire. L’utilisation du soufre ne pose pas de problèmes environnementaux, alors que le cuivre, n’étant pas biodégradable, s’accumule dans le sol à des doses très toxique pour la faune. D’où la nécessité de trouver une substance active contre le mildiou et non toxique pour le sol.
Depuis 2 ans, nous testons une substance non toxique pour le sol et très prometteuse, puisqu’elle nous a permis de n’utiliser le cuivre qu’au maximum 2x par an (300g cuivre métal/ha) dans tous nos traitements, et ceci sur nos 3 ha et nos 7 cépages. Ces essais doivent être confirmés et affinés avant de tirer une conclusion définitive et de se prononcer sur une utilisation plus large. Néanmoins, en 2010, le DVH est champion de la région Rhône-Alpes dans la diminution des intrants dans son vignoble. Ainsi l’IFT (indicateur de fréquence de traitements phytosanitaires qui permet de suivre l’évolution de la consommation de pesticides) moyen de la région Rhône-Alpes était de 17.8 et celle du DVH de 2.5 en 2010. Elle a été de zéro en 2011 ! (Voir notre Charte écologique). En parallèle nous poursuivons nos essais avec le talc contre le mildiou et l’oïdium voir « Traitement foliaire d’un vignoble avec du talc »
Nouveaux cépages et biodiversité du vignoble
Depuis 4 ans, nous travaillons activement sur la recherche et la création de nouveaux cépages en utilisant les techniques de micro-greffes sur bourgeons de boutures. L’idée est d’essayer de créer un nouveau cépage naturel capable de donner un vin produisant des arômes et des saveurs différents de ceux actuellement disponibles, et/ou de produire des cépages résistants aux maladies cryptogamiques. La tâche est complexe et bon nombre d’instituts vinicoles sont actuellement sur ce type de recherche.

molette rouge 4.9, 2014.09.03 4

Molette rouge, plant 4.9, 2014

Pour ce faire, nous avons adapté à nos conditions d’exploitation vinicole les différentes techniques de greffage (omega et en T- bud). Nous les utilisons pour reproduire tout cépage qui nous parait intéressant, pour remplacer les ceps manquants dans notre vignoble, et pour effectuer nos surgreffages (roussanne sur vieux ceps d’aligoté).
Pour télécharger le protocole de greffage en omega sur bouture sans racine pour remplacer les manquants ou reproduire en grand nombre un pied de vigne intéressant.

Pour télécharger le protocole de surgreffage cliquez ici.
Tout cela nous oblige à observer et identifier l’ensemble des ceps de notre vignoble.
La maîtrise des techniques ci-dessus et de celles de micro-greffes sur bourgeons de boutures nous permet de développer nos recherches sur de nouveaux cultivars en utilisant des critères de différenciation simples comme les changements morphologiques des organes des plants (feuilles, grappes, tiges, etc.).
Ainsi, nos essais nous ont permis de modifier la couleur du raisin molette (cépage blanc) en un cépage équivalent mais rouge; cette mutation est stable et peut être reproduite par greffage. Voir notre poster Molette rouge. Nous en possédons une petite dizaine de pieds. Nous en parlerons plus longuement lorsque les analyses ADN (en cours) seront effectuées.
Elaboration des vins
Il est évident que le vin ne se fait pas dans la cave mais dans la vigne. En effet il n’est pas possible de faire un bon vin avec des raisins non mûrs, pourris ou regorgeant d’eau. C’est la raison pour laquelle nous investissons beaucoup de temps et d’énergie dans les méthodes de culture car peu de choses intéressantes ont été faites dans ce domaine, très contrôlé par l’agrobusiness (engrais, pesticides).
Cependant, on peut encore innover dans la fabrication du vin rouge. Nous utilisons par exemple des micro-cuves en lieu et place d’une grande cuve afin d’extraire dans des conditions très douces les antocyanes, les tannins de la peau du raisin (la surface du marc dans une petite cuve est beaucoup plus importante que la surface du marc dans une grande

Fermentation en micro-cuve

cuve) et par conséquent le rendement de l’extraction suit la même loi. Le marc du chapeau est complètement noyé dans le jus jusqu’à la fin de la fermentation alcoolique. D’autre part, nous excluons toute oxygénation volontaire et nous travaillons tout en anaérobie depuis la mise en cuve du raisin jusqu’à la mise en bouteille du vin. Nous travaillons également sur l’obtention de vins avec de très hauts taux d’antioxydants, les procyanidines, substances reconnues comme étant bénéfiques contre les maladies cardiovasculaires et qui expliqueraient le « French Paradox » (voir Vin et santé).
Ainsi, l’analyse des polyphénols (procyanidines) de toutes nos mondeuses noires a montré des teneurs équivalentes à celles des vins du Madiran (cépage tannat) et de vins italiens (cépage sagrantino) réputés être parmi les plus riches au monde et les plus bénéfiques contre les maladies cardiovasculaires.
Auteur: Georges Siegenthaler, GS